Il y a des compositeurs qui habillent les films. Et il y a Max Richter, qui les hante. Avec Hamnet, le drame de Chloé Zhao sorti en 2025, le maestro britannique revient à ce qu'il fait de mieux : transformer la douleur en architecture sonore. Mais cette fois, la question qui divise n'est pas dans les 67 minutes de musique originale - elle est dans les six dernières secondes de décision créative. Ce Max Richter Hamnet avis ne va pas vous tenir la main. On va entrer dans les tripes de cette partition.
Hamnet : le terrain de jeu idéal pour un génie du deuil
Le film de Chloé Zhao plonge dans l'Angleterre du XVIe siècle pour raconter ce que l'Histoire a voulu effacer : la mort du fils de Shakespeare, Hamnet, et la douleur dévastatrice de sa mère Agnes (Jessie Buckley, monumentale). C'est une histoire de deuil, de temps brisé, d'amour qui survit à l'insupportable.
Max Richter - celui des Leftovers, de Mary Queen of Scots, de Ad Astra - reçoit carte blanche. Et il en fait quelque chose de radical : une musique qui refuse d'illustrer. Elle respire à la place des personnages quand ils ne peuvent plus le faire.
Sa philosophie de composition pour Hamnet ? Tirer le maximum du minimum. Richter a bâti sa palette sonore autour d'instruments Renaissance : violes de gambe, vièles à roue, nyckelharpa, voix soliste féminine. Des textures d'époque mariant subtilement des nappes électroniques modernes - un pont tendu entre le XVIe siècle et notre présent fracturé.
Analyse de la partition : quand le silence a un poids
Une temporalité étirée, presque somnambulique
La grande force - et la ligne de crête - de cette BO, c'est son refus du sentimentalisme facile. Là où d'autres compositeurs auraient dégainé les cordes en pleurs dès la première scène de deuil, Richter ralentit. Il choisit le mouvement lancinant, la lenteur implacable du temps qui ne passe pas. C'est inconfortable. C'est juste.
La voix comme âme du monde
Les pièces vocales sont l'épine dorsale émotionnelle de l'album. Of Agnes et Look at Me portent une voix féminine soliste qui transcende la partition - elle ne décore pas, elle incarne. Céleste, presque rituelle, elle renvoie directement au personnage d'Agnes et à sa relation chamaniste avec la nature.
Le piano comme dernière résistance
Dans I Was the More Deceived, Richter construit un motif répétitif avec une patience de tisserand, avant de tout faire s'effondrer sur un solo de piano nu, solitaire, sans filet. C'est une des séquences les plus déchirantes de l'album. Pas de trick. Pas d'effet. Juste l'os.
La solennité du Globe
The Great Globe Itself apporte une respiration différente - solennelle, presque cérémonielle - lors de la découverte du théâtre. Richter rappelle ici que la musique peut aussi construire l'espace autant qu'elle porte les émotions.
La controverse "On the Nature of Daylight" : génie ou paresse ?
Et voilà le sujet qui fâche. Le morceau qui divise. La bombe à retardement nichée dans le générique de fin.
Pour le climax final du film, Chloé Zhao a choisi d'utiliser On the Nature of Daylight - une pièce que Richter avait composée en 2004, et qui depuis a été utilisée dans Arrival de Villeneuve, Shutter Island, et jusqu'à des spots publicitaires. Une pièce si puissante qu'elle est devenue, selon certains critiques, le nouvel Adagio de Barber du cinéma contemporain.
L'histoire de son inclusion est fascinante : ce n'était pas prévu. C'est Jessie Buckley elle-même qui a envoyé l'enregistrement à Zhao, qui en a eu une vision onirique et a entièrement refilmé la séquence finale autour de cette musique. Richter avait d'abord résisté, arguant que la pièce avait déjà trop de vies cinématographiques. Zhao l'a convaincu. Il a cédé.
Résultat ? Deux camps irréductibles :
- Pour : La pièce atteint un paroxysme cathartique absolu. Elle justifie la grandeur du film et propulse le spectateur dans une catharsis rare. Chloé Zhao utilise une arme nucléaire émotionnelle - et elle la déclenche au bon moment.
- Contre : Un cliché de plus dans un film déjà accusé de tire-lacrymisme. L'utiliser ici, sur un enfant mort et des parents déchirés, c'est de la manipulation à l'état pur. De la paresse créative habillée en épiphanie.
Notre position ? Les deux ont raison. Et c'est précisément ce qui rend cette décision intéressante.
Tracklist commentée : 18 titres, 67 minutes de néant habité
| # | Titre | Durée | Point fort |
|---|---|---|---|
| 1 | Of Earth and Heaven | 7:38 | Paysage sonore immobile - intro hypnotique |
| 2 | Of Agnes | 2:16 | Voix soliste - âme du film |
| 3 | Look at Me | 1:38 | Dimension spirituelle pure |
| 4 | I Was the More Deceived | 5:37 | Climax brisé - solo de piano dévastateur |
| 5 | Of a Ghost | 8:46 | Pièce la plus longue - immersion totale |
| 6 | The Great Globe Itself | 1:49 | Solennité théâtrale |
| 7 | On the Nature of Daylight | 6:37 | La bombe. Classique réutilisé. Inoubliable. |
| 8 | Of the Undiscovered Country | 5:22 | Final épuré - clôture en apesanteur |
Album complet : 18 morceaux - 1h07 - Decca Records / Universal Music, novembre 2025. Disponible en vinyle, CD, streaming haute-résolution (Qobuz, Apple Music Classical).
Verdict : Max Richter Hamnet - note et conclusion
Cette bande originale est une œuvre à part entière, pas un simple habillage. Richter prouve une fois de plus qu'il est le compositeur de référence dès qu'il s'agit de mettre en musique l'insupportable légèreté du deuil. La partition originale est rigoureuse, envoûtante, courageuse dans sa retenue.
Mais elle porte une croix : celle d'une fin qui ne lui appartient pas tout à fait. Utiliser On the Nature of Daylight est un choix défendable - et défendu avec passion par Zhao elle-même. N'empêche que ce morceau appartient désormais à trop de mémoires cinématographiques pour ne pas distraire autant qu'il émeut.
Peu importe : Hamnet reste l'une des meilleures BO de 2025. Âpre, honnête, traversée de fantômes.
Note : 8 / 10
Pour qui ? Les fans de Max Richter, de Nico Muhly, de Jóhann Jóhannsson. Les amateurs de cinéma d'auteur. Ceux qui écoutent de la musique dans le noir.
FAQ - Max Richter Hamnet Avis
Quelle est la meilleure piste de la BO Hamnet de Max Richter ?
Of Earth and Heaven (7:38) et I Was the More Deceived (5:37) sont les sommets de la partition originale. Pour l'impact émotionnel absolu, On the Nature of Daylight reste imbattable - mais c'est une pièce antérieure au film.
Pourquoi "On the Nature of Daylight" est-il controversé dans Hamnet ?
Parce que ce morceau, composé en 2004, a déjà été utilisé dans de nombreux films (notamment Arrival). Son inclusion dans Hamnet, non prévue à l'origine, est perçue par certains comme une manipulation émotionnelle facile, par d'autres comme une décision de génie inspirée par Jessie Buckley elle-même.
La BO de Hamnet est-elle disponible en vinyle ?
Oui. Le vinyle de Hamnet – Original Motion Picture Soundtrack de Max Richter est disponible chez Fnac et dans les disquaires spécialisés. La version numérique haute-résolution est accessible sur Qobuz et Apple Music Classical.
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